Interview d’Hubert Raguin,
Secrétaire général de la FNEC-FP FO ,
7 mai 2009
à paraître dans "Le syndicaliste des lycées et collèges"
1- Peux-tu nous brosser un rapide tableau de la situation d’ensemble ?
La mobilisation des professeurs avec les lycéens a imposé au ministre Darcos de reporter son projet de réforme des lycées. Dans l’enseignement supérieur, Valérie Pécresse a dû concéder des garanties statutaires aux enseignants chercheurs dans la réécriture du décret statutaire, notamment sur la modulation locale des services.
Ce qui est en cause ce n’est pas la volonté des enseignants et de tous les salariés de se mobiliser efficacement avec les organisations syndicales pour arrêter les contre réformes et la RGPP qui détruisent les postes, les statuts et les services publics. A l’opposé les actions originales et les journées saute-mouton ne permettent pas d’avancer, bien au contraire.
La FNEC s’est donc adressée à toutes les fédérations de l’Education nationale : y a-t-il une autre voie que la grève, la grève jusqu’à satisfaction s’il le faut pour arracher les revendications ? N’est-il pas temps de mettre cela en discussion dans toutes les assemblées générales de salariés à l’initiative des fédérations ? La détermination des salariés de tous les secteurs est grande, elle n’est pas émoussée.
La FNEC FP FO partage ce qu’a dit Jean-Claude Mailly : «les manifestations même réussies n’ont pas fait bouger les pouvoirs publics et les employeurs et il est alors logique de débattre des modalités d’action commune. (…) Force Ouvrière a proposé aux autres organisations syndicales un appel à 24 heures de grève dans le public et dans le privé.» Les mêmes causes produisant les mêmes effets il est clair que le 26 mai («des mobilisations décentralisées dans des modalités diverses») et le 13 juin (un samedi !) ne permettront pas d’obtenir satisfaction.
2- Comment agir pour permettre à l’ampleur et la ténacité des mouvements revendicatifs de trouver une issue positive pour les revendications ?
Agir pour surmonter la difficulté impose de réaffirmer les revendications : l’augmentation générale des salaires, le gel des licenciements, l’arrêt de la RGPP et des contre réformes, l’abandon des suppressions de postes.
La préoccupation de monsieur Chérèque est de « tenir jusqu’à l’été », la préoccupation des salariés est de gagner sur leurs revendications urgentes. Force Ouvrière va continuer à prendre ses responsabilités.
La première responsabilité du syndicat c’est la clarté sur ses revendications, la clarté sur l’analyse des réformes qu’on veut nous imposer, la clarté pour imposer au ministre de réelles négociations en lieu et place de manoeuvres en tout genre : points de convergence, protocole d’accord, lettre de convergence, groupes de travail qui visent à associer les syndicats à la mise en œuvre des réformes et créer la confusion et le désarroi chez les collègues.
Les ministres maintiennent les fermetures de postes, maintiennent la réforme des concours et de la formation et voudraient remettre sur le tapis la réforme des lycées. En face la résistance des collègues est intacte. C’est cette résistance qui impose aux recteurs et aux inspecteurs d’académies des reculs sur les revendications (postes, classes).
Y a-t-il une autre voie que réaffirmer avec précision chacune des revendications au niveau de chaque établissement, chaque département, chaque académie ?
Y a-t-il une autre voie que porter ces revendications avec toutes les fédérations au niveau national ?
Cette question se pose dans notre secteur, comme elle se pose pour tous les fonctionnaires et pour tous les salariés du public comme du privé.
3- La FNEC-FP FO réunit sa commission exécutive les 14 et 15 mai prochains : peux-tu nous indiquer quelques-unes des propositions qui vont être discutées ?
Dans chaque département, dans chaque académie, les EVS refusent d’être licenciés, les assemblées de personnels dans les lycées refusent les suppressions de postes, de classes, refusent l’expérimentation de la réforme, refusent la réforme du bac professionnel, toutes les catégories refusent la mastérisation qui disloquerait la grille indiciaire de la Fonction Publique et veulent défendre leurs garanties statutaires ; tout cela est très concret.
Nous allons proposer de préparer des délégations auprès de chaque recteur, chaque inspecteur d’académie, avec les sections et syndicats FO, déposer toutes ces revendications, puis les centraliser au ministère ; nous allons lancer une pétition nationale pour le maintien du recrutement des enseignants à bac +3. Sur toutes ces initiatives nous allons proposer aux autres fédérations l’action commune.
Ce sont les revendications qui réaliseront l’action commune dans la grève. Il faudra bien qu’on nous entende.